Réflexions sur le 3 avril : la lutte continue pour les droits des femmes en Haïti



  • Qu’est ce que le 3 avril ? 

En Haïti ,le 3 avril représente la journée nationale du mouvement des femmes haïtiennes. On est l’un des rares pays à avoir une journée consacrée à la lutte des femmes  pour leurs droits. Si  le 8 mars la journée internationale des droits des femmes revêt un aspect global, le 3 avril par contre  nous restreint à penser plus sur la situation des femmes  Haïtiennes et  qui vivent surtout en Haïti.


  • Mais pourquoi un 3 avril ? 

La lutte  pour le bien-être, l’émancipation et l’autonomisation des femmes en Haïti ne datent pas d’hier pour certaine.s elle puise déjà son origine pendant la période coloniale esclavagiste où déjà les femmes posaient des actes à caractère féministe. Toutefois pour parler de première organisation ou d’ association féministe ,on doit se réfèrer à la ligue féministe d’action sociale ( LFSA)  de 1934. Ce  qui sous-tend que pendant cette période les féministes haïtiennes militaient activement. Malheureusement la venue du gouvernement tyrannique et totalitaire des Duvaliers va occasionner une cassure dans le mouvement et le mettre en sourdine . 

Après le départ de Duvalier fils, il n’était plus question de se taire dès lors ces femmes qui n’ont jamais cessé de militer ont renouvelé leur engagement. C’est pourquoi le 3 avril 1986 nous assistons à l’une des plus grandes manifestations féminines en Haïti où plus de 30 000 femmes  ont revendiqués que désormais les femmes devaient être considérées comme des sujets de droit. Ainsi c’est tout à fait compréhensible qu’en 1996, le 3 avril devient une date phare dans la lutte des femmes haïtiennes pour leurs droits .


3 avril 1986 -3 avril 2024 ,quels avancés ? 

38 années plus tard, les revendications n’ont pas changé, si elles ont été modifiées c’est peut être parce que la société a évolué. Nous avons vu de grandes avancées sur l’aspect éducatif car les femmes peuvent faire des études avancées et obtenir des grades surprenants. 

Du point de vue économique, elles demandent toujours une reconnaissance de leur participation, car il est vraie qu’elles ont toujours participés, que ce soit dans les sphères publiques ou privées, dans les usines ou manufactures, dans le commerce informel etc.  Ainsi, elles réclament cette reconnaissance avec ce que cela incombe en terme d’autonomisation. 


En 2024, une femme haïtienne n'a toujours pas accès au droit de décider sur son propre corps, ce qui signifie que l'avortement est encore et toujours pénalisé.

Les femmes demandent toujours une participation active à la vie politique du pays. Et il  est vrai que le quota de 30 % aurait pu changer la donne si les femmes qui ont vraiment les compétences accèdent également à des postes décisionnels. 

Et depuis quelques années avec la venue des PHTK dans la sphère politique du pays avec le phénomène d'insécurité, de nombreux enlèvements et séquestration avec demande de rançon allonge cette longue liste de déchéance en ce qui à trait au droits des femmes.

Avec  les conflits répétés entre gangs armés, le corps des femmes et des filles sont désormais considérés comme des territoires de guerre.


Et souvent, nous, féministes, nous sentons impuissantes face à ces réalités. Bien que dans cette guerre pour l'émancipation des femmes, nous ayons déjà remporté certaines victoires, il reste encore beaucoup à faire et à refaire. Et même si notre liste de revendications est encore longue, nous avons foi en une chose : la continuité de la lutte.




Écrit par: NÉHÉMIE DOUYON

Féministe, membre de l'organisation féministe Gran Jipon et rédactrice de leur magazine


 

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