La confession de Monique Clesca un chef d’œuvre qui décrit avec une précision déconcertante de la réalité quotidienne d’une femme dans la société haïtienne.
Bien qu’aujourd’hui c’est moins flagrant mais beaucoup subissent encore cette pression d’être une « femme » bien que ce ne soit pas un choix. Bien que la « femme » soit classée parmi les merveilles du monde, les conditions qu’on impose à leur personne restent taboues.
Monique Clesca est née à Port-au-Prince, Haïti. Elle est journaliste, consultante internationale, membre d’Haïti think tank. Elle a représenté le fond des Nations Unies pour la population du Niger. Auteure de deux romans et de divers articles dont certains sont publiés dans le New York Times, le Nouvelliste, le Miami Herald, AyiboPost et des revues littéraires. Pour ne citer que cela.
C’est une quadragénaire qui a tenté de se suicider en faisant un saut dans sa vie pour remonter à quand tout a basculé. Sa mère, Marcelle, l’a abandonnée à sa grand-mère aigrie et Bruno son père qui lui prodigue un peu d’amour quand ils se voient parfois. Sa grand-mère la maltraitait en se questionnant sur l’amour de sa mère. A dix huit (18) ans sa mère qu’elle n’a vue que trois fois la prend aux USA avec elle pour ses études supérieures. Là, elle apprendra que, entre son père et sa mère, ce n'était qu’un mariage arrangé. Son père battait sa mère, jaloux que sa mère une « femme » se débrouille mieux que lui un « homme » dans les affaires. Elle était obligée de fuir la maison conjugale et ne pouvait pas la prendre avec elle. Elle qui prenait son père pour un héros ne pouvait pas accepter une telle vérité, et se referma sur elle-même pendant le temps que durent ces études.
Après avoir obtenu diverses diplômes, fait des maîtrises, elle rentre en Haïti dans l’espoir de rencontrer un homme, se marier et fonder une famille. Malheureusement, elle tombe amoureuse de Jacques qui lui promit monts et merveilles, à qui elle consacrera trois années de sa vie. Elle réalisera trop tard qu’il ne quittera jamais sa femme comme il lui a promis, elle qui attendait un enfant. Un enfant qu’il lui demanda de faire un choix soit lui, soit l’enfant. Elle renonça à son enfant ne voulant pas l’élever sans son père, elle ne voulait pas que son enfant vive le rejet de son père.
Alors que sa santé mentale était fragilisée depuis, elle rencontra un autre homme Pierre à qui elle consacrera son temps dans l’espoir de fonder un foyer. Malheureusement, Pierre veut rester libre. Quand elle découvrira son infidélité, elle fit une scène de jalousie, il rompra tout contact avec elle. Alors elle tentera de mettre fin à ces jours. Sa mère arrivera à temps pour la sauver. "...Mes funérailles sont annulées sans mon approbation et il me faut trouver, retrouver maintenant des raisons de vivre, malgré la mort de mon âme...", confie-t-elle.
A la fin, elle fit synthèse sur sa vie, se rendant compte qu’il est trop tard pour ses rêves, qu’elle est restée avec ces hommes qui devraient la valoriser, l’aimer, la protéger, sans se rendre compte qu’elle n'était que leur passe-temps et qu’ils la contrôlaient. Mais elle devait se réconcilier avec elle-même et faire un gros travail. La confession est signée Kadras, 3 Janvier 2023.
Le plus marquant c’est la lettre qu’elle écrit à son enfant lors de l’avortement.
« Mon enfant,
Je suis coupable d’avoir interrompu ta vie. Je te demande de me pardonner. Je veux que tu saches qu’en dépit de tout, tu as eu une vie. Je t’ai senti dans mon ventre. Je t’ai vu dans mes bras. Je t’ai nourri à mes seins. Contrairement à ton père, moi, je t’ai conçu dans ma vie. Je ne t’ai pas connu pendant longtemps, ou même très bien. Mais tu as été aimé pendant ta courte vie, si tu avais pu naître. Pardon mon p’tit chou. Tu vis toujours en moi et je n’arriverai jamais à t’enterrer, mais tu as été impossible sans l’accord de ton père.»
Bien qu’elle se sent obligée d’avorter, évitant ainsi à son enfant de souffrir comme elle. Subtilement, Monique laisse entrevoir qu’un enfant qui grandit dans une famille monoparentale ou loin de ses parents risque d’avoir une certaine instabilité sur le plan affectif : Pierre, que son père avait exilé après la mort de sa mère sous prétexte qu’il aura une meilleure éducation, ne s’investit pas dans les relations amoureuses, n’a aucune stabilité dans sa vie sentimentale, ne veut pas fonder de famille. Et la quadragénaire qui a grandi sans sa mère avec un père presqu’absent et une grand-mère tyrannique cherche à construire ce qu’elle n’a pas eu avec des hommes incapables de lui donner ce qu’elle désire. On aurait dit qu’elle était en conflit avec elle-même sans le vouloir et sans le savoir non plus. Elle a été l’échappatoire de Jacques quand il se sentait étouffé dans son foyer, il la rejoignait. Elle s’en rendra compte quand il lui dira que sa femme attend leur deuxième enfant. Quand elle lui annonça sa grossesse, il lui dit clairement qu’il ne veut pas d’enfant avec elle. Puis Pierre la prendra dans un piège affectif et la gardera sous son emprise.
D'après les faits du roman la vie d’une femme, le fait d’être une femme est plus compliqué qu’il n’y paraisse. Elle a des règles à suivre et on lui impose des limites. Comme l’avait dit Gary Victor, écrivain : «ce livre c’est le cri d’une femme accrochée à l’espoir d’un amour impossible, toujours décidée contre vents et marées à garder le cap vers l’Oasis, vers le rêve, l’ultime utopie.»

Auteure: Marie Noudia JEAN
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