On ne s’autoproclame pas artiste engagé. Cette décision revient aux consommateurs de vos œuvres.
Dorisca Wesly
Le choix d'être un écrivain haïtien engagé face à la situation chaotique et dangereuse du pays : est-ce une décision appropriée ? C'est autour de ce sujet que le Foyer de la Désinvolture a célébré en grande pompe ses trois années au service de la communauté haïtienne, notamment dans le milieu littéraire.
Ce dimanche 30 juin à Berekia, les membres de cette structure ont réuni plus d'une vingtaine de jeunes venus de différentes associations et de divers horizons, unis par leur amour commun pour la littérature.
Ils ont, entre autres, assisté à une conférence où trois écrivains eurent à donner chacun à leur tour, leur opinion sur l'engagement d'un artiste, écrivain ou poète, en citant des exemples de la littérature du XIXe siècle, comme la persécution politique subie par René Depestre sous la gouvernance de Sténio Vincent à cause de son œuvre «L'Étincelle».
Dorisca Wesly, l’un des poètes partageant le panel, a souligné qu'un écrivain ou artiste engagé n'est pas nécessairement un homme politique ou un intellectuel ; que sa bataille peut ne pas lui concerner personnellement, mais qu’il doit avoir la capacité de se fondre parmi les gens pour les amener à comprendre et à soutenir son travail.
Marly Perrin pour sa part, étudiante et poétesse, a affirmé qu’être un écrivain engagé est une promesse envers soi-même et envers les autres : c’est aller à la rencontre des plus démunis, aborder les phénomènes sociaux qui les touchent et montrer qu'ils ne sont pas seuls à les vivre.
Danaëv M. Jean de son côté, étudiant en sciences juridiques à l'Université d'État d'Haïti également auteur, a posé la problématique des sacrifices qu'un auteur est prêt à faire pour la littérature. Selon lui, être un écrivain engagé signifie prendre en considération l'humain sans se limiter aux territoires, aux races ou à un groupe ethnique particulier.
Ce fut un pari gagné pour le Foyer de la désinvolture, initiateur de cette activité, qui trois ans auparavant a débuté sur un groupe WhatsApp sous le nom de «Les Pépinières Poètes», lancé par trois jeunes passionnés de littérature. Cette structure compte actuellement plus d’une vingtaine de membres, principalement des écrivains et des poètes, et est dirigée par Dat's Kelly ALCIDE. En trois ans d’existence, elle s’est déjà taillé, petit à petit, une place au sein des organisations qui oeuvrent dans le milieu culturel haïtien.
Cependant, tout n’a pas été rose pour eux, et selon Guerby RAMFORT, membre fondateur et coordinateur, c’est une fierté d'avoir surmonté avec son équipe les nombreux obstacles qui ont parsemé leur chemin. En rassemblant des jeunes amoureux de la littérature, le foyer répond à un besoin crucial de jeunes intellectuels conscients, souligne-t-il. Il offre un encadrement à ceux qui aspirent à devenir écrivains et les accompagne dans la publication de leurs œuvres.
Ramfort a terminé son allocution en invitant d'autres passionnés de livres à les rejoindre, en les contactant via leur page Facebook ou Instagram.
La célébration de ces trois ans a été donc l’occasion de mieux faire connaître le projet de la structure au public. Mais ça a servi aussi à honorer certains jeunes pour leur engagement dans la promotion des activités culturelles. Ainsi des invités de marque furent distingués, dont Sandrine Milien, Jean Kelly Belfleur et Wilderson Theodate.
L'activité s'est conclue sur une note positive avec une représentation de Maurice Sixto jouée par NWA. Il y eut également eu une séance de vente-signature, ainsi qu'une exposition de tableaux et de photos d'anciens poètes et écrivains, tels que Jacques Stephen Alexis, Georges Castera, Marie Vieux Chauvet, Jessica Nazaire, René Depestre, Jacques Roumain, etc.
Auteure: Shelsy Dice

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